J’étais assise sur le toit du monde aux côtés de l’aigle pêcheur.
Nous rêvassions de concert à de binaires interpolations de nos rouges respectifs, par jeu.
Là-haut, en un vol tournoyant d’une indicible beauté, le gypaète veillait.
Un peu par principe, car il ne restait rien à craindre et il le savait.
Il restait à rire, à chanter, à danser.
A s’amuser et à prendre du plaisir.
C’est ainsi quand tout a été dit et qu’enfin on a compris Kipling en même temps que l’Ecclésiaste.
Restait aussi la question du partage.
De ces milliards de pélerins en chemin sur autant de routes, j’en connaissais quelques-uns que j’aurais voulu éclairer, sans doute plus par vanité que par altruisme - car la connaissance ne donne pas automatiquement la sagesse.
L’aigle n’avait pas répondu quand je lui avais posé la question.
Il s’était contenté de sourire.
Qui d’autre a jamais vu sourire un aigle ?
J’en avais conclu Article 15, et c’est vrai que le choix m’appartenait, j’avais trouvé par les seuls moyens de ma curiosité, l’aigle avait trouvé par sa propre voie.
Et, bien sûr, cela voulait dire que d’autres aussi savaient.
Je décidai qu’au lieu de murmurer des mots absurdes aux oreilles des endormis, je partirais à la recherche des éveillés.
Histoire de copiner et d’échanger nos rouges.
Je savais comment faire.
D’un battement d’ailes, je pris mon envol vers l’endroit où le soleil fait mine de se lever.
Sans un adieu à l’aigle pêcheur ni au gypaète.
Je savais qu’ils seraient toujours là, nulle part, pour m’entendre.
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CDA >> Qui a déjà aussi joliment pété les plombs ?
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Sarah le Hardy - 2005
Texte pour l’ouvrage collectif
Le dé à une face, ou l’illusion du hasard
(The one faceted dice, about the illusion of the chance)
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Première parution : 15 avril 2005
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A mettre en relation avec Le chemin d’Avalon.