En d’autres temps, vers 2004, j’ai commis un billet, ou plutôt une Chro intitulée Merci !.
Cela s’adressait à mes lecteurs, alors bien moins nombreux qu’aujourd’hui, et tous ne sont plus là.

Certains ont vogué vers d’autres centres d’intérêt, ils ont changé de crèmerie et j’espère qu’ils sont heureux.
D’autres sont passés de l’autre côté du miroir, du côté réel, là où il ne reste rien à rêver.
Ceux-là, j’espère qu’ils souffrent et qu’ils subissent les affres du confinement dans le quotidien :)

Je plaisante, bien sûr, le réel n’est jamais qu’une forme étriquée du rève et certains peuvent s’en contenter comme de vêtements trop ajustés.

Au début de l’année 2006, j’ai éprouvé le besoin de trouver une nouvelle congrégation sous des cieux plus larges, j’en ai donné les clés mais très peu ont compris de quoi je voulais parler : consommateurs désabusés, ils se sont contentés de regarder la vidéo.
Et de baîller.

Mauvaise maîtrise de l’anglais ? Incapacité à lire les images ?
Volonté de limiter les horizons à la sécurité du parfaitement connu ?
Incapacité à comprendre que le soleil, et les anges, et les démons, sont parfois plus proches qu’on le croit ?

Ils ont vu le mannequin, ils ont vu le dernier train pour l’enfer, ils ont vu l’émerveillement, ils ont vu la solitude et ils ont vu la tristesse, ils ont eu sous les yeux toutes les images, le rébus au complet ou peu s’en faut
Je ne reçus aucun feedback alors qu’il s’agissait de mon ancre principale.

> Tu te gaspilles me dit alors CDA.
> Tu viens de brûler tes vaisseaux me dit Maverick.
> Un peu plus de thé ? demanda Maddy.

Il était temps que je file.

Enfin bref, j’ai égaré ce billet et si ce n’est pas une perte pour la littérature, c’en est une immense pour la sincérité et la spontanéité.
Pour la fraîcheur et pour l’innocence.
Je serais bien incapable de le refaire, c’était ma période candide, un sens unique ô combien.
C’était avant que je monte sur l’échelle de Cabrel, vous voyez ?

J’ai grandi, je suis devenue plus réservée me dit-on mais la sagesse a beau me faire de l’oeil, elle attendra encore.

L’expérience continue sous de nouveaux regards dont je me dis parfois qu’il leur manquera toujours, pour cerner le sujet, les pièces indispensables que j’ai retirées de l’échiquier.

Mais il n’est plus question de donner quoi que ce soit à cerner : le sujet est devenu technique et sans guère plus de rapports avec moi que l’air qui supporte les colombes ou les vautours.
Il y a toujours moyen de décoder, même si j’ai renoncé à donner des clés et même si j’ai fondu le trousseau complet dans le creuset des hiers.

Avec de la volonté ou de l’instinct, ou avec de bons instruments, au volume de l’air brassé et à son bruit, il est possible de distinguer l’oiseau même sans le voir.

Les rares messages que je reçois démontrent que mon texte, même récent, même éloigné de moi, même bâclé, même dépourvu d’illustration, que ce texte reste moi : le flux est toujours vivace, le fil rouge ne s’est pas délavé.

Un momentum est passé, s’est enfui, c’est la nature des choses vivantes que d’être évanescentes.
Quand le temps a commencé à filer, je n’ai pas voulu le freiner, c’eût été forcer le destin, empêcher l’eau de couler, plastifier la fleur …

Je sais que j’ai bien fait.
Et de ne pas avoir insisté pour me retenir alors, amis lecteurs, je vous remercie.


(Pour répondre à la gentillesse de Matthieu en son joli message rimé.)


Delerium, des canadiens de Vancouver.
Au chant sur ce morceau Euphoria (Firefly) : Jacqui Hunt (ex Single Gun Theory).
Le personnage est quelqu’un d’autre.