Sous la surface des villes vrombissent de longs vers mécaniques qui emmènent travailleurs, touristes et promeneurs pour un instant enterrés, immobiles.

(Illustration :
A Budapest, plongée du métro sous le Square des Héros.)
Peu importent les nuances apportées par les spécialistes, pour moi le concept est très simple : pour qu’il y ait métro, il faut un véhicule pour passagers guidé par rail sur un parcours citadin au moins en partie souterrain.
Le reste est fait de variations sur ce thème.
Le métro peut être tracté n’importe comment, par exemple par une locomotive à vapeur comme aux débuts du tube à Londres, se faire funiculaire à crémaillère pour gravir une forte pente comme à Rio de Janeiro, il peut tirer son énergie d’une caténaire ou autrement, il peut être conduit par un humain ou par un robot, ses roues peuvent être métalliques ou équipées de pneus, il peut avoir besoin de deux rails ou d’un seul et ce rail unique, il peut même y être suspendu plutôt que posé dessus, il peut quitter le tube pour se faire aérien, franchir des ponts, tout cela c’est du métro.
Des métros, j’en connais quelques-uns.
Le Sneltram (tramway rapide) d’Amsterdam dont je connais par coeur la ligne 51 (l’Amstelveen), qui fonce plein sud, pour l’avoir beaucoup empruntée quand je vivais à A’dam.
L’U-bahn de Berlin et les 29 stations de sa ligne U2 rétablie après la chute du mur.
A Istanboul, le Tünel, un des tout premiers métropolitains du monde, en tout cas le premier de l’Europe continentale, est éclipsé aujourd’hui par le Hafif, nouveau métro aux sévères normes antisismiques.
Un jour, peut-être cette année ou l’an prochain, ou quand il sera terminé, il faudra que j’y retourne pour vivre l’expérience de passer d’Europe en Asie sur un pont, car c’est ainsi que le métro franchira le détroit entre Taksim et Yenikapi.
Londres, Paris et Vienne bien sûr mais aussi Berlin, Glasgow, Francfort, Bruxelles, Gênes, Kiev, Prague … il y a des métros partout.
J’ai raté la visite de celui de Séville, je le prendrai dans la foulée de celui de Grenade qui ne devrait plus tarder.
Et j’attends avec impatience celui de Venise.
Rien qu’en Europe, il doit y en avoir plus de cinquante et je n’en connais pas la moitié.
On peut les parcourir autrement qu’en les visitant pour de vrai, c’est ainsi par exemple que j’ai découvert le métro de Volgograd (ex-Stalingrad) par le biais d’une simulation numérique en 3D.
Il y manque le roulis, le woogie des boggies mais surtout l’odeur.
Chaque métro a son parfum né de l’usure des garnitures des freins, du mélange des senteurs parfois exotiques des personnes et des denrées transportées mais aussi de l’environnement.
Quand le subway passe près des catacombes à Paris, il y a quelque chose dans l’air.
Autre part, j’ai vu le métro de Tunis, celui du Caire, il y en aura un jour un à Casablanca, j’irai certainement voir celui de Pékin comme je retournerai photographier celui de Mexico et celui de Montréal, plus un paquet d’autres dont je ne conserve que peu de souvenirs et aucune photo.
Il a fallu un certain temps avant que je ressente le besoin de photographier ces lieux publics que sont les stations de métro, les gares, les ports et les aéroports.
Ces lieux de transit où l’on passe fugacement ne méritaient pas mon attention, faut-il croire que je n’avais pas encore compris que l’important est le voyage, en chacun de ses points.
Ou alors j’avais hâte de quitter ces passages obligés, trop inquiétants pour moi.
Des gens pressés qui se bousculent pour se figer sur les quais, qui se bousculent à nouveau pour pénétrer dans les rames et qui redeviennent fixes, assis sur le plastique ou accrochés, debouts, à de mobiles patères.
Des vigiles, des collecteurs d’épaves, parfois même des entasseurs de populace, comme à Tokyo, pour bien bourrer les voitures.
Musiciens d’infortune, vendeurs à la sauvette, déchus de la rue, déçus de la vie, tout un monde survit dans la lumière glauque ou violente.
Tout cela dans une musique dite de fond qui est parfois excellente et qu’entrecoupent des annonces sans âme, le bruit des convois qui freinent ou qui démarrent et le claquement sec des transfos.
Lieux glacés où règnent la publicité et l’ersatz, le marbre de surface et les oeuvres d’un certain art, purgatoire dans le ventre de la bête qui recrache tout après avoir puni de solitude dans la foule.
Modernes églises d’une humanité grouillante et frénétique.
Je ne connais qu’une seule station de métro où le transit est accessoire et qui vit sa propre vie de lieu à part entière, d’endroit dont l’existence se justifierait même sans les rames et les voyageurs.
C’est la station Bayern à Vienne, sur la fantômatique ligne blanche U5, vestige mythique du premier métro et désormais (depuis 1950 environ) coupée du réseau pour servir d’entrepôt pour oeuvres d’art.
Les quais sont toujours là, et même les rails.
Là, il fait bon s’arrêter. C’est le monde sans la salissure des gens, juste comme j’aime.
Une encyclopédie illustrée des métros serait à faire qui retracerait leur histoire complète en parallèle avec l’évolution des cités, des matériaux et des techniques.
L’oeuvre, trop ambitieuse pour le support papier, devient raisonnable sur l’Internet et peut-être bien qu’elle existe déjà, à mon insu.
Plein de métros
Les sigles de plus de 160 métros de par le monde : Métros du monde.
Vous pouvez vous fabriquer une image des métros que vous avez déjà parcourus et la lier à votre site.
Crédits photos
Wikimedia Commons, courtesy by Ádám Kovács at Metros.hu.