L’autre soir, devant mon parterre aoûtien de convives astronomes (et gastronomes) proprement sidérés pour l’occasion, un économiste de haut vol - ça vole très bien, un économiste, ça a les petites ailes de Mercure greffées aux chevilles -, un conseiller de gouvernement donc, m’a initiée en anglais académique quoique travailliste au premier grade des Maîtres du Monde.
Je n’ai rien compris.
Mais c’est normal, parceque je n’étais pas prête pour recevoir la Lumière.
Il y a des prérequis, pour la formation de Maître du Monde.
Déjà, à entendre Nehru, je croyais qu’il allait être question du papa d’Indira et qu’on allait parler du Cachemire et des jardins de Shalimar.
Mais ce n’était pas ça.
Il s’agissait du NAIRU.
Alors, le NAIRU, c’est un indicateur propre à chaque pays, ça calcule en permanence ce que ça signifie : le Non-Accelerating Inflation Rate of Unemployment donc la limite du nombre des emplois à ne pas dépasser si on veut éviter l’envol des salaires et le décollage de l’inflation.
Avec ce flag finement recalculé à chaque microseconde, les dirigeants savent au petit poil près le nombre de chômeurs qu’il faut conserver pour que l’économie continue à fonctionner correctement.
Autrement dit, le plein emploi est un cauchemar.
C’est la situation à éviter absolument, le plein emploi.
Au besoin, on peut importer des chômeurs.
C’est ce que j’ai compris et si je me trompe c’est parceque je ne suis pas initiée aux rouages de la macro-économie.
C’est libéral, c’est néo-keynésien et ça utilise des tableaux à dix mille dimensions … sauf la dimension humaine hein, c’est juste des machines.
Ensuite, on a entendu parler des courbes de Beveridge et si ça n’avait rien d’affriolant, c’était très intéressant pour comprendre les choix des Maîtres du Monde en matière d’emploi, si ça vous intéresse il y a une bonne introduction au concept sur le site du Lycée collège d’Arsonval.
Après ça, on s’est accrochés sur le sens réel de insiders, qui désigne dans le jargon des économistes les esclaves salariés au CDI par opposition aux esclaves salariés précaires ou sans emploi qui sont les outsiders.
Parceque dans mon jargon à moi, un insider, c’est un initié, pas un pion sur l’échiquier du travail.
Les astronomes ont fait chorus pour m’approuver, le brillant orateur a compris qu’il était temps de changer de sujet et on a embrayé sur la cuisine du Périgord.
Sans gras. Sujet assez maigre.
C’est un autre monde, l’Economie. Pas le mien, je veux dire.
Et s’il faut s’y plonger pour devenir Maître du Monde et bien tant pis, je ferai plutôt gardienne de loge ou consolatrice de potentats insiders déchus par des outsiders ![]()