Achab, fils d’Omri, fut roi d’Israël entre 874 et 853 avant JC.
Pour conclure une alliance contre les Syriens de Damas, il épousa Jézabel, fille du roi de Tyr.
Mais Jézabel introduisit le culte de Baal en Israël.
Elie se fâcha (les prophètes hébreux se fâchent souvent, c’est même une de leurs principales caractéristiques) et ordonna à Achab de rassembler les prophètes de Baal et les prophètes de l’Aschérah, “au nombre de quatre cents” dit le Deutéronome.
Les tragédies pouvaient commencer.
Entre autres, les troupes de Achab vont tuer, en une seule journée, cent mille guerriers du roi Aram (des araméens, donc).
Bien plus tard, Gustave Doré fera une gravure de cette bataille, gravure que je considère comme un peu beaucoup fort inspirée de la scène de la grande mosaïque de la Victoire d’Alexandre qu’on peut voir au musée archéologique de Naples et qui ornait la Maison du Faune à Pompéi mais soit, l’éventuelle inspiration n’altère en rien la qualité de l’ouvrage.
C’est de l’Histoire et ça ne nous rajeunit pas.
Mais Achab, c’est surtout le nom du capitaine du baleinier Pequod qui traque le cachalot blanc dans l’oeuvre de Herman Melville : Moby-Dick, or The Whale.
Le baleinier finira par couler et de l’équipage ne restera qu’un provisoire survivant, le narrateur : Ishmael.
Roman important s’il en est et non seulement pour l’aventure qu’il narre : dès la première phrase, les traductions divergent et le signifié trouve des échappatoires orientées ce qui fait que différentes lectures sont possibles.
J’ai lu la traduction par Jean Giono, puis l’original dans le texte (la version complète de novembre 1851) et plus récemment, vers l’an 2000, la traduction de 1967 par Georges Saint-Marnier.
Il m’en est resté une envie, celle de créer un personnage à la Achab.
On a parfois des ambitions insensées, n’est-ce pas ?
Il se trouve que pas très loin de chez moi existe une Taverne du port dont le tenancier a longtemps été marin-pêcheur.
L’endroit est typique de l’époque révolue qui ignorait le formica, et quand au tavernier c’est la copie conforme, au moins pour l’aspect physique, du truculent Pemberton que Max Mayeu (Sirius) a créé et animé pour le magazine de bandes dessinées Pilote (on doit aussi à Sirius les Timour et L’Epervier bleu, entre autres classiques de la BD).
C’est de cet aubergiste que j’allais faire mon Achab en 2005, sans dissimuler le moins du monde les références de son origine, dans un conte provoqué par Gil_theB : Salut et encore merci pour le poisson où l’on trouve (forcément) du Douglas Adams et un zeste de Philip K.Dick (à défaut de Ray Bradbury qui, on s’en souviendra, écrivit sa propre vision de Moby-Dick : La Baleine de Dublin).
Le personnage me plaisait bien, je décidai de l’incorporer dans les aventures de la Roadeuse, où on le retrouve notamment à la fin des Crocs, mais aussi comme co-héros dans Interstellar-66 (I-66).
Et bien entendu, la véritable Taverne du port allait devenir Chez Achab, non seulement pour moi mais pour ceux à qui j’en parlais, et peut-être qu’elle finira par prendre officiellement ce nom.
Trois choses peuvent donc être considérées comme certaines : il y eut un Achab roi d’Israël, il y eut un Achab patron de baleinier et un autre encore fut l’allié de fortune de la Roadeuse.
Ce qui fait du prénom le garant d’une certaine qualité de caractère, on en conviendra.
Le conte d’origine : Merci pour le poisson, Achab.