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Le style, c'est la manière de se comporter, mais aussi la manière de créer.
Style rétro
Anton
M a l a n
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Si c'est pour écrire sans style,
disait Grand'mère
autant se contenter de lire.
Elle étendait ce principe à toutes les actions personnelles, et c'est ainsi
que j'ai appris qu'il me faudrait parvenir à un style de vie.
Et comme l'Art commence par l'imitation, je suis descendue dans l'arène des
mots pour découvrir et tenter de dompter les petits monstres qui y folâtrent de plume en
plume comme autant d'acariens sur l'édredon immaculé de la littérature.
Le style a différents visages, et c'est une danse, ce qui explique à la fois pourquoi
j'ai appelé ce carnet Danser avec les mots et pourquoi on parle de
figures de style.
Il me plaît de le préciser, parce que bien trop souvent on me reproche de choisir des
titres qui ne veulent rien dire alors que, en vérité, je m'efforce de les construire avec soin et
pertinence.
Un style déconstruit et reconstruit la phrase, il modifie l'ordre et l'usage habituel des mots
pour produire un effet particulier, une signification inhabituelle.
Chaque pas de cette danse est une figure de style.
Je me contenterai ici de présenter les figures de style qui me plaisent le mieux,
celles dont je me sers le plus et qui sont aussi celles que j'aime à retrouver quand je lis.
La plus courante est la métaphore, qui utilise le système de la
comparaison, et qui peut être livrée brute, on la dit alors métaphore annoncée
- aujourd'hui on dirait qu'elle est téléphonée -, comme ceci :
Lillith brillait comme une faucille d'or dans le ciel de la nuit.
Un croissant de lune sera évoqué chez tous les lecteurs.
Mais il y a ce comme qui trace le chemin, c'est un peu trop facile, et si nous le
supprimons, nous en arrivons à cette sorte de devinette qu'est la métaphore pure ou directe :
Lillith brillait, faucille d'or dans le ciel de la nuit.
Sur les terres de la métaphore pousse l'oxymoron, ou oxymore,
ou encore antilogie,
une alliance de mots aux sens opposés, ce qui crée un paradoxe : Cette obscure clarté qui tombe des étoiles
(Corneille dans Le Cid), et le très commun mort-vivant.
Et Baudelaire, parlant de moi sans doute :
Je la comparerais à un soleil noir, si l'on pouvait concevoir un astre noir versant la lumière et le bonheur
Et Guy Bedos :
Mon Dieu, mon Dieu, délivrez-nous de toutes les religions.
Dans l'ordre de mes préférences vient ensuite l' euphémisme, qui
sert à édulcorer, à adoucir le sens dramatique, scandaleux ou négatif d'un mot ou d'une expression.
L'euphémisme est une figure de style très prisée par la gent politique, il permet, à condition
de l'utiliser systématiquement pendant une longue durée, de formater les esprits, il s'agit
clairement d'un outil de propagande.
Ainsi, on ne dit plus un handicapé mais un moins-valide, un aveugle mais
un mal-voyant, un chômeur mais un demandeur d'emploi,
une perte de valeur mais une croissance négative, un petit délit mais
une incivilité, et sans doute n'y aura-t-il bientôt plus de morts mais
simplement des moins-vivants.
La litote vit dans les parages de l'euphémisme, à tel point qu'il est facile de les
confondre.
Il s'agit de faire court pour signifier l'inverse des mots utilisés, le procédé relève de
l'ironie et il est axé sur la négation du verbe de la phrase.
Le PSG n'a guère marqué de buts cette saison
C'est une litote s'il n'en a marqué aucun !
De même, si vous entendez Ce stagiaire n'est pas très doué et que vous savez par entente tacite que cela
signifie Il est franchement nul, vous avez capturé une litote.
A l'inverse, on trouve l'hyperbole, qui tend à l'exagération.
Cette figure de style est très populaire, on l'utilisé sans s'en rendre compte, comme
quand on dit Les écolos me font mourir de rire - il est clair qu'on n'en meurt pas.
Pas plus que quand on dit Je meurs de soif ... ou de plaisir.
Quand c'est exagéré, l'hyperbole n'est pas loin, et réfléchissez bien à ce que vous
dites quand vous annoncez
J'ai trois tonnes de boulot, ça me troue le cul
Comme monsieur Jourdain faisait de la prose sans le savoir, vous faites de la métaphore
hyperbolique à longueur de journée.
Et c'est rarement élégant, soit.
Avec l'antiphrase, on dit carrément le contraire de ce que l'on pense,
mais on le fait bien comprendre.
Recalé au bac ? Bravo !
Les meilleurs auteurs ont fait grand usage de l'antiphrase, et souvent sur un thème dramatique, comme Jacques Brel.
Si par malheur ils survivaient
(Pourquoi ont-ils tué Jaurès ?)
Et qui ne connaît la chanson Tout va très bien madame la marquise, dont
le titre est l'antiphrase du contenu ?
L'antiphrase est le ressort de l'humour noir.
C'est écrit un peu trop serré, dit l'aveugle en lisant le papier de verre
Euphémismes, antiphrases, litotes et hyperboles rôdent dans le domaine de l'ironie, une
discipline très prisée en politique - on se fiche de vous en faisant mine de vous
flatter mais, bien entendu, personne n'est dupe et le signifié est aisément extrait
de sa gogue de signifiant.
A ce jeu, on peut ajouter des effets intéressants de non-dit, comme dans
On m'a dit que la candidate idéale aurait arrêté le Rafarin à Poitiers,
et il paraît que son mari fait de la politique.
Propos de duchesse qui feint de ne pas être au courant :)
Mais l'ironie fait aussi grand usage de l'oxymoron cité plus haut, quand les
deux mots qu'il associe ne sont pas naturellement opposés, comme quand
un français dit cuisine anglaise ou culture américaine :)
Quand vous dites Je lis un Patricia Highsmith, pour l'instant, vous
confondez l'écrivain et son oeuvre, c'est une métonymie, et cela arrive
à tout le monde de confondre le contenu et le contenant, comme dans boire un verre,
ou le symbole pour ce qu'il représente, comme dans Dans cette affaire, il a pris les lauriers qui me revenaient pour
Il en a pris la gloire.
Il ne faut pas confondre la métonymie et l'antonomase, où l'on utilise
un nom propre pour un nom commun, et l'inverse, et qui n'est pas à proprement
parler une figure de style.
C'est un Apollon.
La synecdoque est une variété aggravée de la métonymie, on
y confond le tout et une de ses parties.
Marseille a gagné le match.
C'est l'équipe de football de Marseille qui a fait ça, pas la ville.
A l'inverse, on peut confondre la partie et le tout, mais c'est toujours une synecdoque :
Les étendards se mirent en route vers Rome.
Dans l'anaphore, on utilise la méthode de la répétition pour
insister sur un mot ou sur un groupe de mots, on tape sur le clou.
Autant vaut l'homme, autant vaut son Dieu, et pas plus.
Ludwig Feuerbach - Manifestes philosophiques
Les très grands écrivains et poètes, comme Victor Hugo, vont jusqu'à répéter
non pas un seul mot mais plusieurs.
Enfer chrétien, du feu.
Enfer païen, du feu.
Enfer mahométan, du feu.
Enfer hindou, des flammes.
A en croire les religions, Dieu est né rôtisseur.
On en vient aux parallélismes de construction, qui servent à opposer deux membres
de la phrase ou à les renforcer l'un par l'autre.
Car les mythes sont à la religion ce que la poésie est à la vérité, des masques ridicules posés sur la passion de vivre
Albert Camus - Noces
La médecine militaire est à la médecine comme la musique militaire est à la musique.
La simple répétition d'un groupe de mots peut faire chanter la phrase
Partir pour tout laisser
Quitter pour tout abandonner
Revenir pour tout recommencer.
Et le zeugma ou zeugme, qui consiste à utiliser froidement
le sens multiple d'un verbe ou d'un mot pour l'appliquer sans vergogne à des objets
licites, comme je l'aime, celui-là !
Sémantiques ou syntaxiques, les zeugmes me réjouissent toujours.
Il baissa son pantalon et dans mon estime
Vêtu de probité candide et de lin blanc.
Victor Hugo
Et que dire des allégories qui personnifient ou imagent
une idée, sinon que c'est top trop cool ?
La statue de la liberté > la Liberté.
Marianne > la République.
Et quand on fait parler une allégorie, c'est la prosopopée.
Bouge-toi de là ! disait Marianne au vil pain
Je passe sous silence l'anacoluthe, l'hypallage et
l'asyndète, entre autres pas de danse qui réjouissent l'esprit
du lecteur, d'abord parce que vous avez l'Internet et qu'il vous sera facile d'y trouver
ces figures de style, et ensuite parce que c'est l'heure de mon cours de rhétorique.
© 2006 - Sarah le Hardy
Etre et faire avec style, ou ne pas être.
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