Pour pas qu'octobre nous prenne ... chante Cabrel.
Octobre est un mois très dangereux pour moi, ça c'est clair.
Le vent avait soufflé toute la nuit et sans faiblir au matin il avait tourné au sud-est, apportant un air doux qui donnait mal le change au
fait que l'automne était arrivé.
L'automne, déjà ?
Qu'avais-je donc fait du début de l'année, de sa jeunesse et de sa splendeur ?
Mon miroir me répondait de ne pas m'inquiéter, que mon été restait à venir, que je n'avais pas perdu mon temps jusque là.
Un point de vue de miroir peut-il être objectif ou bien celui-là n'était-il que servile voire obséquieux, ou alors compatissant et rassurant ?
On n'est jamais certain de rien, avec les miroirs.
Plus qu'avec les gens tout de même, j'en conviens.
Je n'avais rien fait du tout depuis le jour de l'an.
J'avais chanté, dansé, j'avais écrit des âneries plus que des choses justes, j'avais vécu de vanités mais avais-je servi à quelque chose ?
Certainement pas.
Je suis sortie pour m'écarter des murs mais dehors c'était pire.
Dans le jardin, des pétales de rose se mêlaient aux feuilles sur le gravier.
Le vent est un collagiste magnifique mais il est brouillon, il faut passer derrière lui pour nettoyer ses gouaches.
Des roses, il en pousserait jusqu'en décembre.
Jusque là, je devrais continuer à les tailler quasi au quotidien.
Et les feuilles à ramasser à pleines brouettes, ... je préférais ne pas y penser.
C'était une année à coques pour les hêtres, leurs petits fruits secs avaient aussi commencé à tomber ...
Il faudrait les ramasser à la pelle avant qu'ils se transforment en boue.
J'envisagerais tous ces travaux le lendemain, ou alors plus tard.
Les seuls qui me laissent en paix, ce sont les cèdres.
Imperturbables, ils restent verts, ne perdent rien et grandissent en sereine splendeur.
Leurs branches s'étalent dans les pires tempêtes, ils résistent à tout.
Mais je ne connais pas leur langage et sûrement qu'ils se fichent bien de ma conversation.
J'ai traversé le bois pour rejoindre la falaise.
Là, avec un fort vent de face, j'ai un instant songé à jouer les figures de proue, penchée sur le vide les bras en croix comme
nous le faisions étant petits avec mes frères et les copains.
Mais l'image du Titanic m'est revenue et l'envie s'est évanouie.
Saletés de médias qui vulgarisent les plaisirs rares.
Saletés d'images banalisées et d'acteurs stéréotypés.
Monotypés, même.
Zérotypés.
J'ai regardé le phare au loin.
Même pas envie d'y aller.
Ce n'est jamais qu'un phare et personne n'y habite plus.
Pourquoi irais-je déranger cette annexe de mes araignées et de mes chauves-souris ?
En bas, les éternelles vagues jamais lassées de faire un bruit inutile.
Sottes vagues.
En haut, des mouettes paresseuses qui se laissent porter dans l'apesanteur, immobiles ou presque.
Riez bien, les mouettes, quand les rafales viendront vous trouverez ça moins drôle.
Déprime d'octobre ...
Pour y faire face, d'habitude je fuis vers le soleil, parfois jusqu'à la Noël.
Ou alors je plonge dans le travail pour oublier la durée.
Mais j'en ai assez du soleil, et le travail n'est qu'un leurre puisque tout a déjà été dit et fait.
Et tout mon travail n'est plus que routines fastidieuses, je n'y prends plus de joie.
Le poète lui trouve des charmes infinis, à l'automne, le peintre aussi.
Et le philosophe et le troubadour.
Stupides contemplateurs de rien.
Même moi, certaines années j'aime bien son romantisme et ses couleurs.
Mais cette fois, non. Je le trouve morne et triste. Sans avenir.
Et encore, il ne pleut pas.
Mais c'est clair qu'il pleuvra avant longtemps.
Sûrement avant que je rentre.
Pour parfaire le tableau et pour qu'octobre me prenne.
Reste à appliquer le plan B ...
Celui que les Sages m'ont enseigné comme étant l'ultime recours contre la sinistrose et la morosité.
Celui qui aurait sauvé, du moins le dit-on, Catherine de Russie et Cléopâtre et Bernadette et même Elisabeth.
A partir de cet après-midi : coiffeur et shopping, et cure de chocolat :)
© 2004-2005-2006 - Sarah le Hardy
Je vais continuer comme d'habitude : m'occuper de moi :)
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