Les Loges Noires - Scène 34 : CONTACT

 
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La vie se déroule rarement selon nos projets.
La survie non plus, d'ailleurs.
Et que tu sois vampire ou pas, c'est le même tarif.
Démonstration.


Line 38

Giu V o l p

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CONTACT

En quittant le Sarar's vers une heure du matin, elle avait le sourire au coeur et aux lèvres une chanson douce qui parlait en français des rues de Londres.

Elle avait décliné l'invitation à souper de Bob Wyman, le laissant en tête-à-tête avec Thierry, la vedette masculine du Milky Starway Tour, ils allaient discuter d'un projet de comédie musicale très rock et elle n'avait pas envie d'entendre parler de chiffres ni de stars.

Tout cela appartenait à un autre univers que le sien mais elle était joyeuse d'avoir constaté que si elle le voulait, elle pourrait changer radicalement de vie, que c'était très facile, finalement, de s'apporter soi-même dans un autre contexte culturel - et voilà qu'elle se reprochait de recommencer à intellectualiser plutôt qu'à jouir du moment présent.

Elle avait décidé de rentrer chez elle pour terminer la soirée entre son chat, un mazagran de chocolat chaud et un roman de Faulkner, après quoi elle s'endormirait doucement sans se préoccuper de rien.

Un taxi, commandé depuis le Club, devait l'attendre au coin de la ruelle piétonnière déserte de tout passant, elle n'avait que quelques dizaines de mètres à parcourir dans l'obscurité entre l'enseigne bleue et jaune du Sarar's et les lumières de la rue.

Pourquoi pensait-elle brusquement à s'inquiéter ?
Elle savait que les rues de Soho sont sûres la nuit.
Le vigile, qui assumait le rôle de portier, l'avait saluée et elle sentait son regard sur elle.

Peut-être pas son regard.
Un regard.

Sans s'arrêter de marcher, elle remonta la tirette de son blouson.

Un froid l'envahissait d'un coup, comme une couche de glace sur toute sa peau.

Cours se dit-elle.
Cours sans te retourner.

Cinquante pas encore et ce sera la rue, COURS !

Mais elle ne courut pas.
Elle s'arrêta et se retourna.

La ruelle s'était remplie d'un fog épais.
L'enseigne du Sara's pourtant proche avait disparu.

Et le brouillard avançait lentement vers elle, il prenait forme, rassemblait ses volutes pour les compacter en ce qu'elle redoutait de voir apparaître.

Je ne suis pas prête.

Elle se rendit compte qu'elle avait recommencé à marcher mais à reculons, un pas lent après l'autre.

Je n'ai pas peur

Mais pas ici, pas maintenant !

Je ne VEUX PAS !

Le brouillard s'arrêta.
Elle sentit une chaleur près de sa jambe, elle tourna les yeux, vit une ombre féline, et son coeur s'arrêta un instant de battre quand une voix se fit entendre derrière elle.

Tout va bien, madame ?

La vie reprit son battement dans son esprit.

C'était le chauffeur du taxi, venu aux nouvelles.

Tout va bien, merci

Ouvrant la portière du cab, elle lança un regard vers la ruelle où le brouillard refluait.

Et, s'asseyant dans la voiture, elle entendit arriver l'autobus et elle le vit passer.

Un 38.

Hackney - Islington - Bloomsbury ...

Elle crut voir un guépard à l'arrière de l'autobus vide.

Piccadilly et ensuite Hyde Park ...

Hyde Park, bien sûr ...

Ce serait là, et cette nuit.

Elle fouilla sa poche pour trouver son téléphone.
Il fallait prévenir Roman, ou Bob, ou Jack ... quelqu'un.

Suivez ce bus dit-elle au chauffeur



© 2006 - Sarah le Hardy


A quelques coups de dents et de griffes de la fin
Les Loges Noires sont en cours d'édition-papier.
Le titre et les extraits livrés ici sont protégés par le droit d'auteur.
On en trouvera d'autres dans les Chroniques 2004-2005.
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