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Un béton armé d'art, d'orient, de musique et de travail - beaucoup de travail, mais dans la joie.
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Un peu vexée par la réussite de mon cousin David qui, à Paris, menait de front des études de Droit, de Sciences politiques, de Sociologie et de Philologie romane - Excusez du peu disait-il -, je me chargeai d'un bagage qui n'était pas encore universitaire, celui de documentaliste. Je savais que cette discipline deviendrait la pierre de touche de toutes les spécialités, peu importe lesquelles. Je le savais parce que ma mère, alors correspondante à Moscou pour un hebdomadaire français, me l'avait dit :) Le pouvoir appartient à ceux qui savent collecter, gérer et interpréter l'information. J'ai toujours eu confiance dans le jugement de mes aînés, et je n'ai jamais eu à le regretter.Mais je ne passais pas mon temps seulement à étudier. Pour me distraire, je fréquentais les discothèques, les églises - surtout celle du Paradiso :) - et les bibliothèques, tous les endroits où palpitait la vie. J'apprenais la photographie aussi bien que le tarot, et aussi à cuisiner et à dessiner. Et à chanter et à danser et à mettre tout ça en scène sur les planches alors toutes fraîches des AMP Studios. C'est là que je rencontrai Hitouka, qui commençait déjà à envahir le monde de la musique underground avec un concept de samples qui allait le faire milliardaire. Ses travaux décisifs, c'est moi qui les ai programmés, sur les stations Indy de l'université :) Et j'apprenais aussi à vendre ce que j'étais capable de créer, parce que si j'étais dotée d'une sorte de bourse familiale, elle était strictement limitée au nécessaire et il me fallait produire pour payer le prix de mes fantaisies - j'en deviendrais farouchement indépendante. Et avare, disent les méchants. C'était le début de la Bimhuis, je pus me gaver de jazz et rencontrer plein d'artistes, pas seulement des musiciens, et quant au décor gothique du Paradiso, je devrais attendre quelques années pour en retrouver la folie originale, avec Rammstein à Berlin. A'dam étant aussi une terre de fantastique, et comme j'y rôdais beaucoup, il était fatal que j'y rencontre des gens extraordinaires et notamment le dernier alchimiste - ça ne meurt pas, un alchimiste - il m'a montré d'obscures ruelles qu'aucune carte ne signale et qui disparaissent au matin, exactement comme dans le Londres de Jean Ray, et peut-être que ce sont les mêmes. Et j'ai supporté l'Ajax, bien sûr. L'Ajax que je retrouve aujourd'hui en programmation informatique. Qui donc disait que tout est dans tout ? J'étais devenue amstellodamoise, si parfaitement intégrée que je pus rejoindre le staff des guides chargés de piloter les touristes asiatiques dans le labyrinthe des trésors artistiques du Rijksmuseum , qui dépendait encore de l'Etat - c'est à présent une Fondation privée - mais qui était déjà l'un des plus prestigieux musées au monde. Intégrée et compétente, spas ? Sinon tu bossais pas pour le Rijks, même comme étudiante. Comme 2006 est L'année Rembrandt, le Musée présentera toutes les oeuvres du Maître dont il dispose, ce sera la première fois pour le public - moi, j'ai visité les réserves il y a longtemps - et certains viendront de loin. Je fréquentais aussi, assidûment, la Maison Descartes qui plus qu'un institut est une véritable ambassade culturelle de la France aux Pays-bas, un pont entre deux univers. C'était plein de gens sympathiques et intéressants, ils me permirent de ne pas perdre l'usage de la langue de Voltaire. Du côté des mondanités, je me pliais strictement aux obligations familiales - tu ne peux pas cracher dans la soupe qui te nourrit, et je n'étais en rien rebelle - et quand, à ma majorité, on m'im-pro-posa de représenter mon minuscule dominion, j'acceptai sans rechigner, d'autant que la plaque enjolivait joliment la façade de la maison que je partageais avec une amie devenue, depuis, l'un des conservateurs de la Fondation Polaroid. Vu de loin, tout cela a l'air chicos et bien loin des soucis triviaux de la plupart des gens. Il n'en reste pas moins vrai que dès l'âge de dix-huit ans j'ai gagné ma vie et qu'il ne fallait pas être paresseuse pour étudier, établir des contacts et mener de front et avec succès des activités très diverses - dont passer l'aspirateur, préparer mes repas et repasser mon linge, spas ? J'avais le feeling, la volonté, des dons certains - pas pour le repassage - et des opportunités. Je n'ai rien gâché de tout cela. Et je crois bien que personne n'aurait pu faire mieux que moi avec mes bonnes cartes du départ. Mais j'ai bien conscience de ma chance, et je la remercie. Ces quatre années à Amsterdam passèrent vite, trop vite. C'est toute une vie, quatre années, quand tu es jeune. J'aurais pu rester à A'dam, pour toujours. Ma vie y était douce, j'évoluais sans l'ombre d'un souci, sans un soupçon de projet autre qu'immédiat, et j'y faisais exactement ce qui me convenait. Mais mon frère me présenta un de ses amis, et nous convolâmes vers d'autres cieux. C'était il y a dix ans, et je n'y suis jamais retournée. Mais mon coeur y est toujours, dans le vlakke land. © 2006 - Sarah le Hardy
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