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Mon premier grand amour : scoop :)
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J'avais dix-huit ans quand j'ai rencontré A'dam, et s'ensuivirent quatre années de passion.
N'importe quoi
avait dit mon père.
Je venais de rater une première année de Droit à Lille-en-France, et je n'avais aucune envie de persévérer dans ce créneau sans poésie - la famille n'aurait qu'à attendre une autre génération pour enrichir sa maffia d'une magistrate dévouée. Moi, je voulais devenir cryptozoologue. Le goût m'en était venu après avoir rencontré Bernard Heuvelmans chez un Thierry de ses fans, j'avais lu ses livres qui affirmaient l'existence d'animaux cachés, depuis Nessie l'écossaise jusqu'au chipekwe africain, tout cela me fascinait et me paraissait hautement vraisemblable. Après tout, j'avais de mes yeux vu un cousin de Nessie, l'okapi avait longtemps passé pour une chimère, et on croyait le coelacanthe disparu depuis une éternité avant de découvrir que des pêcheurs indonésiens en faisaient leur ordinaire ... Et Tintin avait rencontré le yéti. Ah mais ! Donc, je voulais apprendre la cryptozoologie, mais sans devenir zoologue ni anthropologue, ni rien qui se termine en logue ou en logiste, parce que je sentais bien qu'après un tel formatage, je n'y croirais plus, aux êtres discrets. Sauf peut-être à Amsterdam.
Fais Histoire de l'Art à Amsterdam
m'avait conseillé ma mère.
Pour apprendre l'Art, Amsterdam vaut bien Rome, Paris ou Berlin. On y trouve des étudiants et de très éminents professeurs venus du monde entier, et l'enseignement n'est coloré d'aucun cocorico qui fausse le jugement. Et à Amsterdam, il y avait, l'International Institute for Asian Studies, certains de ses chercheurs supputaient l'existence d'une sorte de big foot dans le sud-est asiatique, c'est sur cette école que je voulais me brancher. Mais il me fallait ruser et pour m'inscrire à l'Institut, je prétextai un amour soudain pour les chinoiseries et autres machins asiatiques. Et, curieusement, j'y pris goût tandis que mes rêves de mondes perdus s'évanouissaient. J'avais le bon feeling, cependant, puisque récemment, des archéoanthropologues ont mis en lumière l'existence (il y a 10.000 ans, soit) de l' Homo floresiensis, et que l'IIAS lui consacre des conférences. Et qu'on a enfin filmé, photographié et mesuré un Architeuthis dux, huit mètres tentacules étendues, et il doit y en avoir de plus grands. Menfin, cela ne m'intéresse plus, je sais qu'il existe des animaux inconnus, que les monstres marins et autres existent bel et bien, pas besoin de construire ma vie sur des bizarreries de la nature, sur le Web j'en rencontre bien assez. A Amsterdam, j'ai commencé par apprendre le néerlandais, qui est récemment devenu l'Algemeen Nederlands (AN), ou Néerlandais général, mais qui était encore l'ABN, Algemeen Beschaafd Nederlands, le Néerlandais général civilisé, un traducteur automatique du Web vous en fera même Néerlandais généralement civilisé, ce qui est une parfaite horreur pour désigner cette langue qui a conquis non seulement les Pays-Bas, mais aussi les Flandres, le Surinam, les Moluques ... sans oublier l'Afrique du Sud. (Traduisez Algemeen beschaafd Nederlands de Dutch à French). Cette langue a produit des philosophes et des auteurs d'envergure, peu prisés par le consommateur de France qui a ses préférences autre part, comme l'a très bien expliqué Pierre Assouline, Directeur de la rédaction de Lire : La liste des ventes en témoigne, les romans et les essais des auteurs hollandais et flamands sont largement distancés par l'impérialisme de l'anglais, le dynamisme de l'espagnol, le prestige de l'allemand, le charme de l'italien et le mystère du portugais. Ni impérialisme, ni dynamisme, ni prestige, ni charme ni mystère, donc, dans la littérature en néerlandais ?Ou alors pas assez. C'est toujours très plaisant à entendre :) J'ai donc plongé dans l'Art et dans l'Orient, du bout des méninges d'abord - c'est vaste - puis j'y ai pris goût. J'ai fini par pondre une thèse, Les rites de purification dans l'Egypte antique, qui me valut un document cacheté en guise de satisfecit. Et oui, je le sais bien, que ce n'est pas de l'Art à proprement parler. Ni de l'Orient. Quoique ... Et alors ? J'avais toujours fait exactement ce que je voulais, je n'allais pas changer d'école pour une simple question de frontières arbitraires. L'Art, j'aurais tout le temps de m'en occuper par la suite. De toute façon, une vie ne suffit pas pour cerner la question, et je le savais déjà. Accessoirement, c'est à Amsterdam que j'ai appris à programmer, à parler aux machines. J'ai dessiné des polices de caractères orientaux qui servent encore, et qui me rapportent des royalties. Mais c'était surtout pour la musique électronique que j'utilisais les ordinateurs. D'autres, qui se destinaient à l'archéologie, tentaient de reconstituer des monuments détruits, ils faisaient ça en 3D, je regardais du coin de l'oeil, pas vraiment intéressée. A Amsterdam, j'appris des structures de langage et qu'il existait des langues indiennes qui quoique mortes étaient mieux construites que tout ce que l'homme utilise aujourd'hui. Comme je connaissais déjà les travaux saussuriens, j'ajoutai ces informations à ma banque d'informations, dans le coffre des choses à exploiter plus tard. Un jour, je m'y mettrai sérieusement. Comme ma mère l'avait prévu sans me le dire, l'Histoire de l'Art, cursus choisi pour sa facilité, me connectait sur des domaines féconds pour mon développement personnel, et je devins studieuse, et même studieuse-à-lunettes, et j'appris la rigueur, de la plus simple façon qui soit, en écrivant - j'ai conservé la trace de chaque jour de cette époque, de tous les événements, de toutes les rencontres, de toutes les émotions. Ce n'est pas une maladie récente chez moi, les Chroniques :) Petit à petit, j'étais gagnée par la lumière d'Amsterdam, envahie par une vie d'activités contrastées, je réalisais peu à peu que tout ce dont j'avais besoin pour grandir était là. Ceci dit, c'est une ville que les touristes se représentent comme une image d'Epinal. Les sabots, les tulipes, les canaux, les vélos, la propreté, les drogues douces, les façades colorées, la discipline des habitants ... des clichés qui ont une réalité seulement partielle. Justement, à propos de vélos, l'illustration en arrière-plan montre un dragueur de canaux. Sa fonction est de récupérer les vélos dont les gens se débarassent en les balançant à la flotte :) © 2006 - Sarah le Hardy
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