Trains de nuit

 
Trains de nuit

Les trains servent à connecter les villes et les rêves.
Les voyageurs y prennent la mesure du temps.

Ce texte a été publié le 5 février 2005 dans les Chroniques blAXxiEnnes.

La gare à Amsterdam

La gare d'Amsterdam

Istvan Korosy

Ça fait des années, j'ai pris le Paris-Berlin-Varsovie

C'est Gil_TheB qui me dit ça, et qu'il a bien aimé.
Hé bien tu vois, GtB, si tu étais allé plus loin que Essen - service militaire ? - ne réponds pas :) -, peut-être que je serais montée à Berlin.

Peut-être que j'aurais trouvé ma place réservée occupée par un des fétards que tu dis, dans ces cas-là je moufte pas, j'aurais erré dans le couloir latéral aux portes battantes et avec ta galanterie naturelle tu m'aurais fait une place dans ton compartiment.

On aurait partagé le kolosaal sandwiche, on aurait échangé des spécialités - une Davidoff ou une Sobranie rouge à bout doré contre une afghane noire cousue main - et puis peut-être qu'on aurait inventé le VRML - les nodes ferroviaires et les routages.

<digression>
J'adore les Si qui mettraient Paris en bouteille, et le Jeu des possibles de François Jacob.
Ce n'est pas de la science-fiction, le jeu des possibles.
L'auteur, c'est un généticien, prix Charles Léopold Mayer de l'Académie des Sciences (1962).
En 1965, avec André Lwoff et Jacques Monod, le Prix Nobel de Physiologie ou Médecine.
Là, ça date de 1970 par là, c'est court et amusant à lire et c'est toujours un must, un incontournable pour ceux qui gambergent.

</digression>

Mais à vrai dire, GtB, si tu te souviens de voitures DDR, c'est que c'était avant la chute du mur, et tu aurais eu plus de chance de tomber sur ma mère que sur moi, elle faisait Paris-Moscou au moins trois fois par an, et pas en avion.
Et elle, le fêtard qui aurait occupé sa place, elle l'aurait éjecté vite fait.

J'adore les trains, mais je suis arrivée trop tard pour profiter du romantisme.
J'ai des souvenirs du TEE, le Trans-Europ Express, mais je ne situe pas cette image, ni dans le temps ni dans l'espace.
Des voitures jaune pâle avec un bandeau rouge.

Je revois aussi des wagons gris embarqués sur un bateau.
J'étais gamine; peut-être que c'était la Mer du Nord, ou alors la Baltique.
Neige et froid sur cette image, ce n'était pas vers la Corse, c'est clair.

Et un wagon automoteur, jaune et rouge, qui desservait des endroits reculés aux confins de la Belgique et qu'on appelait une Micheline, peut-être parce qu'elle roulait sur des pneus, je ne sais pas.

Et puis en France, Edgard, un cheminot retraité qui avait installé sa résidence principale dans un wagon désaffecté planté au bord d'un ruisseau, il fallait emprunter un chemin forestier pour y arriver.

Comment ce wagon était-il arrivé là ?
C'était full-confort, je me souviens. Luxe, même.
Mon grand'père allait à la pêche, là. Il était frère de guerre avec Edgard.

Le train du baron von Ungern, massacré par Pratt, il a peut-être roulé sur des voies installées par mon arrière-arrière-grand'père, entrepreneur métallo parti faire fortune en Russie et bingo.
Immigré naturalisé sous le tsar, oui.
Puis il a joué Vulcain chez les Soviets.
C'est ça, le romantisme politique dans l'industrie :)

C'est peut-être pour ça que je n'ai rien contre les immigrés.
En France, je suis immigrée de la cinquante-deuxième génération, les éclipses d'une génération ou deux à l'extérieur ne comptent pas.
Ce qui me fait penser que l'autre, là, qui doutait de la provenance du carrousel anglais dans un vidéoclip russe, hé bien c'est un âne, il n'imagine même pas ce que les gens sont capables de faire avec un train.

Clair que les vrais beaux trains me manquent alors que je ne les ai pas connus.
Mais la culture, en gros, je l'ai.

Je devrai revoir Un soir, un train de André Delvaux, et la Madone des sleepings, ça m'aurait botté comme job, ça.
Et me repasser le Station to station de Bowie.

Ce n'est pas une culture antédiluvienne.

Je me souviens aussi des trains anglais, avec des rideaux comme à la cuisine chez moi et des lampes marrantes qui sortaient des parois et portaient un abat-jour.

C'était bois et velours, ces trains.
Il n'y a pas vingt ans de ça.

Et puis d'un coup, la vitesse, le plastique, la fin du rêve.
Le train est devenu un simple moyen de déplacement.

Il ne transporte plus que des gens sans rêves, des gens qui restent connectés à leur portable, à leur mobile qui rend immobile.

Le train ne permet plus de déconnecter.
C'est devenu un bocal comme les autres.

Tu peux te la jouer touriste rétro et prendre le Trans-Birmanie, mais perso je trouve ça minable, pareil que le simulacre d'Orient-Express, Paris-Venise tu parles d'une aventure.

Par contre, j'inviterais les gens à prendre le train quand ils sont en Afrique, menfin bon, les vrais roadeurs le savent, ça.

Bientôt, Paris-Varsovie, ce sera en TGV.
Je n'en vois pas l'intérêt.
Par British Airlines : Londres-Krakow pour 100 Livres.
Et en vingt minutes :)

Bon, c'est mimi tout plein les digressions qui viennent de vos interventions au forum, mais avec tout ça, ce n'est pas encore aujourd'hui que je vous parlerai de Cracovie et de ma quête d'un supplément de temps.

Ce fut Encore.

© 2004-2007 - Sarah le Hardy

Un talent fou :)

 

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