En attendant la polonaise ...

 
En attendant la polonaise ...

Le contexte du voyage de la Roadeuse se précise, ce sera temporalité, Pologne et musique.

Ce texte a été publié le 4 février 2005 dans les Chroniques blAXxiEnnes.

Juke box

Juke box par

Frank Köhne

Beaucoup de gens n'iront jamais à Cracovie.

Je sais pourquoi : c'est parce qu'ils ne savent pas voyager.
Déjà, disons qu'ils cherchent à aller à Cracovie.
Disons.

Ils cherchent Cracovie et ils ne trouvent pas, vu que c'est Krakow, d'abord.

C'est comme Varsovie, cours toujours, faut chercher à Warshaw ou mieux, à Warzawa, là tu as des chances d'y arriver.

Tiens, il faut que je réécoute le Warzawa de Bowie, un live extraordinaire, et même la version de studio est géniale ...

Donc, les gens qui n'iront jamais à Krakow, ils trouvent le nom sur la carte d'Europe et ils se disent

Sacrebleu que c'est loin et c'est au nord-est.
Un peu comme Strasbourg, mais plus haut.

Comme c'est sur le même continent, ils partent en auto.

Neuf chances sur dix qu'ils finissent par passer par l'Allemagne.
On ne le sait pas, mais la plus grande ville du monde se trouve en Allemagne.
Sur les autoroutes, tous les dix kilomètres tu as un panneau fléché qui indique Uitrit.

Un jour, je visiterai Uitrit, c'est clair.

Enfin-bon, ils font comme ils veulent, spas ?
Pour aller à Krakow.

Moi, pour m'y rendre je connais le chemin le plus court, depuis longtemps.
C'est British Airlines.

Tu embarques à Londres, disons à neuf heures.
Le temps d'un petit somme gracieux et hop, te voilà arrivée.
Et il est neuf heures vingt, par là.
Donc ce n'est pas si loin que ça.

CDA >> Il y a décalage horaire, fifille :)

Oh bin je m'en fiche de ces trucs-là, moi je vois que je pars à neuf heures et que j'arrive à neuf heures vingt.
Donc c'est pas loin.
C'est à vingt minutes.

CDA >> Et au retour ?

Au retour c'est plus de deux heures, en effet.
J'ai remarqué que quand tu reviens de l'est, Londres est loin de tout.

CDA >> Tu as un problème d'espace-temps, toi :)

Bin c'est pour ça que je vais à Cracovie.
Et je le sais bien, que ce que je gagne à l'aller je le perds au retour.

Faut pas me prendre pour une sotte.

Si j'avais des sous, je reviendrais en poursuivant vers l'est, pour faire le tour, tu vois ?
Peut-être que je pourrais revenir avant d'être partie ?

CDA >> ---

Bon. Je continue.
Donc, les voilà à Cracovie, disons qu'ils ont fini par trouver.
Déjà, ils se sont rendu compte que c'est grand, la Pologne, et peuplé - dans les quarante millions d'habitants - et que c'est civilisé.

Ah bin tiens. Pas qu'un peu.
Et pas seulement depuis hier matin.
Y a qu'à voir les monuments, certains datent vraiment de dans le temps.
Et c'est tourné vers l'avenir. Le plus grand complexe de stations de sports d'hiver d'Europe, c'est là haut, en Pologne.
Je sais bien que les français n'iront pas, c'est publicité perdue.
Mais les Allemands oui. Belle clientèle.
Pi les français, on verra bien où ils iront quand ce sera tout fondu dans les Alpes, spas ?

De toute façon, ce ne sont pas des inconnus, les polonais.
Tu connaîs Soûl comme un Polonais, oui ?
Et Stupide comme un frenchie à jeun ou pas, on connaît partout.

On sait que ce peuple a connu de grandes misères.
On connaît leurs immigrés qui sont venus faire de petits boulots, servante ou maçon, oui ?
Bin t'étonnes pas de les retrouver là-bas, patrons d'hôtels ou entrepreneurs, c'est ça, l'Europe, les courageux ont gagné.

Pi on sait qu'ils sont cathos comme pas possible.
La preuve : depuis plus de vingt ans, c'est les seuls à avoir un Pape.

Et des groupes de députés font des pélerinages.
Notez qu'on a ça aussi, des pélerinages de représentants du peuple.
Vers le Mont Mitterand, oui ?

Enfin-bon, à Cracovie je logerai chez une copine.

CDA >> Tu as toujours des plans économiques, toi :)

Pourquoi pas ? Joindre le plaisir à l'économie, c'est mal depuis quand ?
Il faut juste des relations et rendre la pareille.
Plein de gens font ça, non ? Que ce soit dans la famille ou chez des copains.

CDA >> Ou chez les francs-maçons ou les espérantistes, oui.

Vi, il y a plein de communautés formelles et informelles.

CDA >> Reconnais que c'est bon pour les solitaires, surtout. Des deux côtés.

Débarquer avec trois gosses et deux chiens, ok c'est moins facile, donc tu raques un max dès que tu es dans le circuit social traditionnel.

CDA >> Et il y a le boulot, l'école des mômes ... Il faut pouvoir se libérer.

Disons que je n'ai pas les moyens d'avoir un boulot à horaires, des gosses à l'école, tout ça.

Tu sais ? Les gosses, c'est ingrat comme pas possible. Se rendent pas compte des sacrifices des parents.

CDA >> On le cache soigneusement aux jeunes, que les gosses c'est la prison :)

Pas forcément, c'est une question d'organisation, il faut sous-traiter leur garde et leur éducation, je crois.
Entre l"école, la baby-sitter et les colos, tu dois pouvoir te conserver un espace perso.

Et ils ont de si jolis yeux :)
Et c'est tellement mignon quand ça fait ses premières dents :)
Et plus tard tu as peur qu'ils ratent leurs études, qu'ils se crashent en voiture, qu'ils se droguent.
Tant qu'ils sont à la maison, tu es réduite question youpla, ça devient vite le samedi soir et vite fait, encore bien.
Du coup, ils te prennent pour une vague servante asexuée et un peu envahissante question affection.

CDA >> Oh bin c'est pas vraiment un investissement, non.

Hé ! J'ai des neveux et des nièces, spas ?
Je connais le parfum enchanteur du Pampers sans fuites.

CDA >> Avant, ça se lavait, les langes. C'était en tissu.

Sans rire ?
Et l'humanité a survécu ?

CDA >> Tu n'es qu'une égoïste.

Ouaip. Et j'assume.

CDA >> Tu imagines si tout le monde faisait comme toi ?

Je m'en fiche, de tout le monde, je ne connais pas tout le monde, je ne suis pas tout le monde.

CDA >> Tu finiras solitaire, sans enfants ni petits-enfants pour adoucir tes vieux jours.

J'aurai autant de présence que je voudrai autour de moi.

Ça se loue à la journée, des comédiens.
Quand tu en as marre, tu les paies et ils se barrent.

CDA >> Les enfants, c'est pareil :)

Arf :)

Bon, c'était juste pour dire à mes jeunes auditeurs-avec-les-yeux qu'ils peuvent faire un bisou tout spécial à leurs parents, ils ont bien du mérite.
Faut les aimer tant qu'ils sont là, spas ?

Et fichez-leur la paix quand ils ont besoin d'être seuls :)

CDA >> Et la musique ?

Oh bin j'ai rappelé Bowie, plus haut, mission accomplie.
Et les polonaises de Chopin, peut-être ?
Indispensables !

Voyons ce que Henri de Bruyn dit des polonaises.

À l'origine il s'agit d'une danse lente et grave, rythmée en trois temps.
Bach, Haendel, Mozart l'utilisent.
Au début du XIXme siècle elle prend la forme d'une marche virile, sous l'influence de compositeurs polonais.
Weber accentue le rythme, enrichit la mélodie et soigne l'harmonie.
Chopin va, par sa touche personnelle, leur donner un sens patriotique. Elles traduisent la résistance d'un peuple agressé et menacé. Le succès de la polonaise au XIXme siècle et lié à la prise de conscience, en Europe, du drame polonais. C'est le cri de révolte d'une nation persécutée.

Les polonaises de Chopin (par Henri de Bruyn)

Mais c'est vrai que je voulais aussi dire un mot de Somewhere over the rainbow.
C'est dans Le Magicien d'Oz, ça date de 1937 et c'est une merveille.
Pas tellement l'original de Judy Garland, il y a eu plein d'interprétations, j'en ai une centaine, c'est vraiment ce qu'on peut appeler un standard.
Même par Hendrix, je l'ai.

CDA >> Et tu as une version préférée - à part la tienne ? :)

Vi.
C'est celle de Israel Kamakawiwo'ole, sur l'album Facing Future.
Ptet tu connais cette chanson pour l'avoir entendue au générique de fin du film Finding Forrester.
Israel enchaîne avec What a wonderfull world, un autre standard incontournable.

L'ensemble, je fonds :)

CDA >> Ainsi fond fond fond la petite maRioadeuse ...

Ce fut Encore.

© 2004-2007 - Sarah le Hardy

What a wonderfull world :)

 

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